lundi 11 mai 2015

Le pro du "pas de bol"


En mai 2013, peu de temps après nous avoir livré le second volet de ses « Chroniques de  la poisse », Osman Cerfon nous accordait un entretien à Paris, devant un café en terrasse. Nous avons évoqué son travail, sa formation et son avenir. Nous publions cet entretien aujourd’hui car nous sommes toujours en retard. Mais comme pour nous récompenser de notre lenteur, nous pouvons voir depuis peu le premier volet de ses chroniques sur la chaine Youtube de Je Suis Bien Content. Le visionnement de ce film (voir lien en bas de l'entretien) accompagnera à merveille la lecture de cet entretien que nous vous livrons aujourd’hui! 

© Futur 2002

Ton travail est particulier, car sous des aspects relativement avenants, le fond est plus sombre qu'il n'y paraît. Avec quels réalisateurs, quels producteurs te sens-tu assez proche au point de pouvoir échanger avec eux au sujet de ces deux niveaux de lecture de ton travail?
OC: Ça dépend des situations et de quel type de boulot on parle. Ce côté particulier, plus rugueux qu’il n’en a l’air, pour un projet de série par exemple, tu ne vas pas forcément le mettre en avant, tu peux même éviter d’en parler aux partenaires, puisqu’il faut le vendre, ça ne serait alors pas forcément pertinent d'évoquer ce côté sombre et désenchanté. Mais pour les courts métrages, c’est différent puisque c’est l’espace dans lequel tu te sens le mieux, c’est là que tu es le plus affranchi de ces questions, même si trop en parler peut aussi devenir « parasite ». Après, les rencontres sont importantes, que ce soit dans les festivals pour retrouver les gens en chair et en os, ou même en ligne, tu peux entrer en contact avec les gens dont tu apprécies le travail ou lorsqu’ils apprécient le tiens. Et là, on peut parler plus librement avec ces gens « nouveaux » de ce domaine plus artistique, plus profond, qu’on évoque pas systématiquement la plupart du temps dans les studios.

Chroniques de la poisse - Comme des lapins - © Je suis bien content

« Si entre la première ligne de ton scénario et le début de la production de ton film de huit minutes il se passe trois ans, t’es déjà pas si malheureux »


Tes deux premiers films, « Les chroniques de la poisse », ont été bien accueillis par les festivals et les chaînes. Comment envisages-tu la suite de ton travail?
OC: Je me suis très souvent demandé si j’allais faire des courts métrages toute ma vie. Ça demande beaucoup d’énergie, c’est aussi très incertain, car si entre la première ligne de ton scénario et le début de la production de ton film de huit minutes il se passe trois ans, t’es déjà pas si malheureux. Ajoute à ça qu’avec le nombre important d’écoles d’animation en France, avec les talents qui en sortent, tu sens naître le sentiment que tu vas te faire pousser vers la sortie un jour ou l’autre… Il y a quinze ans, j’allumais mon ordinateur pour la première fois, le fait d’avoir appris mon métier en utilisant ce type d’outil m’a rendu polyvalent et me permet d’envisager le futur en travaillant, que ce soit pour moi ou pour d’autres productions. J’ai intégré le fait qu’après chaque travail, il faut en retrouver un autre. D’ailleurs, c’est encore plus vrai avec la génération actuelle qui est « née » avec l’utilisation de l’ordinateur et qui maîtrise parfois ces outils avant même de commencer leurs études. Elle a aussi accès à toute une culture de l’animation plus facilement, plus rapidement, ça semble leur donner une certaine maturité d’ailleurs. 


Mais tu sens un clivage entre cette génération et la tienne?
OC: Non, ça relève plus d’un fantasme je pense. Finalement, ce qui change le plus avec internet, c’est moins la façon de faire des films que par exemple le fait de pouvoir diffuser son travail directement. On peut auto-produire et diffuser ses films avec peu de moyens.   


Tu as recours aux gags, mais tes films nous touchent. Comment assembles-tu les choses pour parvenir à faire cohabiter ces deux aspects?
OC: Les gags induisent une mécanique, ça relève du « lego », du jeu de construction, et j’adore ça. À l’écriture, c’est très jubilatoire de construire les scènes en ayant les chutes à l’esprit, et en essayant d’affiner au maximum les effets. Mais ces figures véhiculent le « message » véritable du film, et j’avoue que ça me touche toujours lorsque des personnes qui ont vu mes films me disent que ça leur parle, parce-qu’elles y retrouvent des préoccupations, un état d’esprit, contemporains et proches de leur quotidien. Donc une bonne partie de mon travail jusqu’ici a consisté à trouver l’équilibre entre ces deux aspects des films, fort différents, mais qui coexistent. L’utilisation des gags, de l’humour, permet de dire les choses avec une certaine distance. Alors d’un côté, ça peut passer pour une forme de lâcheté de ne pas s’impliquer frontalement, et de ne pas dire les choses directement, ni les dénoncer ouvertement. Mais d’un autre côté, le dire de façon indirecte, en laissant les spectateurs faire eux-mêmes le constat de ce que je leur donne à voir, cela aboutit à une certaine efficacité je trouve, à un impact plus fort. 
L’autre aspect qui m’intéresse aussi, c’est le fait que les enjeux qui font avancer le personnage principal, et les difficultés qu’il rencontre, adviennent dans l’indifférence de son entourage. Ce qui est important pour moi, c’est ce contraste, l’absence d’intérêt des autres pour ce qui lui arrive et que nous partageons en regardant le film. Un peu comme on apprend la nouvelle d’un attentat qui a lieu à l’autre bout de la planète. Aussi horrible qu’il soit, ce type d’évènement peine à nous toucher vraiment. 


Tes personnages sont souvent frappés par des évènements relativement idiots.
OC: Oui, mes sources d’inspiration vont de la mythologie à la médiocrité des faits divers. Les faits divers sont comme des friandises, on se dit d’abord que c’est fou, que ce n’est pas possible que de telles choses adviennent. Et pourtant ce sont toujours les mêmes qui reviennent, donc c’est le signe de figures qu’on porte tous en nous. C’est ce paradoxe qui me fascine, on met tout de suite une distance en disant qu’on ne ferait jamais une chose aussi stupide, puis dans un second temps, on finit par admettre que ça pourrait complètement nous arriver. 

    
Lorsque tu prépares un projet, comment les choses s’organisent-elles entre tes recherches, et la constitution d’un dossier en vue des financements?
OC: Déjà, je dessine très peu pour moi. Par exemple, je n’ai jamais de carnet de croquis sur moi. Je prends plutôt des photos. J’avoue qu’il m’arrive de prendre un carnet et un crayon « au cas où », mais je sais très bien que je ne vais pas les utiliser. Je peux ne pas dessiner pendant un mois, et ça ne va pas me manquer.

En fait, quand j'ai une idée de film, j'ai très vite l’idée de la façon dont je vais construire le dossier, avant même la fin du scénario, je l'ai dans un coin de la tête. Et avant la version définitive du scénario, je vais forcément avoir une version du dossier qu’il faudra faire évoluer, ça va de paire, ça se monte ensemble. D’un côté je pense à sa présentation et à sa mise en pages, mais avant ça, je vais faire des recherches graphiques en fonction du scénario, ce qui m’intéresse avant tout c’est de trouver l’univers graphique qui va fonctionner au mieux avec celui de l’histoire. La plupart du temps, je ne m‘interdis pas des allers-retours. Il arrive souvent qu’au moment de dessiner une scène, le résultat m’inspire de nouvelles idées que j’irai alors ajouter au scénario. Ça vient du fait que j’ai en tête des "images-fantasmes" que j’essaie de créer, et je n’arrive pas au résultat attendu du premier coup. Ce sont ces allers-retours qui me permettent de m’approcher au plus près de ces images de départ. Finalement, les images inspirent le scénario et inversement. C’est pas une règle non-plus, je peux imaginer qu’un scénario puisse s’imposer sans qu’il n’y ait rien à ajouter ni à enlever, mais jusqu’ici ça n’a pas été le cas pour moi. 

Après, au moment du storyboard, les choses vont encore évoluer, au moment où je dessine une scène, je me rends compte que ça va me faire chier de l’animer. Par exemple, si au départ j’ai un chien à six pattes, je peux me dire « tiens finalement, il pourrait avoir deux pattes, est-ce que ça ne serait pas plus drôle? » et ça ne changera rien à l’histoire d’ailleurs, ça jouera juste un peu sur la narration, la façon de raconter cette histoire. Tout ce processus rend chaque étape un peu floue du coup, mais elles se succèdent malgré tout avec une série d’ajustements. Quand j’y repense, je me rends compte que le seul exemple de film où tout est resté relativement figé, c’est un film d’une minute que j’ai fait à la Poudrière en première année, auquel je n’ai rien retouché. 

En parlant de l’école, c’est finalement le lieu où on va nous apprendre à faire des dossiers. On regarde quel film de fin d’étude a une possibilité d’être pré-acheté par une chaîne. Ça explique peut-être pourquoi il y a d’anciens étudiants qui font de nouveaux films en sortant de l’école, et qui trustent près de la moitié des commissions d’attributions d’aides d’ailleurs. Même si du point de vue technique, on peut-être parfois moins bons que des étudiants de Gobelins par exemple, ça ne se voit pas au niveau du dossier. 


Chroniques de la poisse - Comme des lapins - © Je Suis Bien Content

« C’est peut-être ton dernier film. C’est avec ça que tu vas trouver du travail »


Comment se sont passé ces premières expériences de films durant tes études?
OC: Je ne devrais pas, mais je pense avant tout en images fixes, ça vient certainement du fait que je voulais devenir illustrateur à la base, pour raconter des histoires en dessinant. Au début d’ailleurs ça n’a pas été sans poser quelques problèmes, je me suis demandé comment adapter un graphisme de carte à gratter pour l’animation et au final, j’ai abouti à une méthode qui demandait autant de temps de travail pour l’animation sur papier que pour le clean (ajustement et mise au propre - ndlr) des images. Au final, le résultat vibrait quand même beaucoup, j’ai alors essayé de gérer cette contrainte avec l’outil informatique (avec le logiciel Flash - ndlr) pour mon film de fin d’étude. Le film en général n’a pas forcément été une réussite, j’ai trop galéré au scénario, je m’étais mis trop de pression en me disant « c’est peut-être ton dernier film », ou « c’est avec ça que tu vas chercher du travail ».


Finalement, comment se présentent les choses au niveau professionnel aujourd’hui?  
OC: Déjà, je ne pense pas que ça durera forcément, même si dans le futur proche ça va parce-que j’ai un peu de travail, et puis j’ai des projets, du coup, tant que je n’ai pas une réponse négative et définitive sur un projet, l’espoir est permis et je continue. Mais j’ai quand même une angoisse que ça s’arrête, même si aujourd’hui, le fait d’avoir pu faire deux films coup sur coup me donne assez de confiance et de courage. Si j’étais arrivé à l’âge de 45 ans, en ayant essayé de faire cinq films sans qu’aucun n’ait été produit, je ne sais pas dans quel état je serais, ni si je continuerais. J’aurais peut-être fini par choisir une autre voie. 


En dépit du côté long et aléatoire de la réalisation des courts métrages, le besoin de les entreprendre est-il toujours aussi présent? 
OC: Il y a le plaisir aussi. C’est une lutte et un plaisir. C’est vrai que pour y parvenir, il faut alterner ce travail avec des boulots de commande, ce qui peut te couper de tes projets. Mais d’un autre côté, travailler quelques mois sur une série, avec le régime de l’intermittence, c’est aussi ce qui garantit une certaine liberté pour pouvoir faire des courts. Après, je pourrais aussi faire des livres, mais dans l’édition, ils sont moins bien lotis que nous, ils sont payés en avances sur droits d’auteurs, s’il y a une réédition, ils peuvent à peu près s’y retrouver, mais le pari sur l’avenir est beaucoup plus gros. Par contre, en quatre mois tu fais ton livre, alors que dans le même temps, tu fais deux minutes d’animation. Tu as beaucoup moins de contraintes financières et techniques aussi, tu peux faire des images plus travaillées sans te soucier de savoir comment elles vont bouger… des fois j’envie des auteurs de bandes dessinées par rapport à leur liberté, et d’un autre côté, nos rémunérations se font par le biais de salaires, certes modestes, mais sur des courts qui n’ont pas forcément de retombées économiques, ce qui est une chance. 


Et finalement, pourquoi continuer? 
OC: Pour moi, c’est avant tout le plaisir de raconter des histoires, de raconter le monde avec des histoires, comme ça se fait depuis très longtemps. Que ce soit au coin du feu ou en téléchargeant des films, on continue de s’identifier à des personnages et à vivre à travers eux. Du coup, je ne me pose plus trop la question de l’utilité de faire des films, même si la diffusion reste fragile, que ce soit à des heures tardives à la télévision ou dans des festivals principalement fréquentés par des gens de cinéma… d'ailleurs on peut se demander pourquoi autant d’argent est investi là dedans, on a parfois l’impression de se regarder le nombril, on va voir des films faits par des amis, alors forcément, je me dis parfois que tout ça est tellement aberrant que ça ne pourra pas durer.  


Recherches pour les Chroniques de la poisse


La difficulté et les enjeux autour de la réalisation de tes courts métrages t’amènent-ils parfois à la tentation de vouloir trop « bien faire »? 
OC: Même si elle est parasite, il est difficile de ne pas se poser la question de la « prise de risque ». Dès mon premier film, alors que le budget était d’environ 30000€ (ce qui est peu pour un court métrage de ce type - ndlr), il y avait tout de même la responsabilité de gérer le porte monnaie. Je me disais alors qu’on me faisait confiance, et que si ça foirait, j’allais devoir ramer deux fois plus pour faire le suivant. Rémi Chayé me disait la même chose, il réalise un projet de long métrage (« Tout en haut du monde », production Sacrebleu - ndlr) avec la crainte que ce soit le dernier, car on sait bien qu’il est plus difficile de faire un second film qu’un premier. J’ai senti cette difficulté en abordant mon second film sur les « Chroniques de la poisse », en me disant qu’il allait moins bien marcher, qu’il aurait certainement moins de prix, ne serait-ce que parce-qu’on connait le premier, il y a moins de surprise… mais je me suis fait à cette idée et je l’accepte finalement. Les spectateurs vont immanquablement se dire « tiens il nous ressert la même chose »…


Pourtant, il est meilleur que le premier.
OC: Ça, je ne le sais toujours pas… Mais je me dis aussi que les sélectionneurs de festivals, en voyant ce second film vont avoir du mal à le situer: « est-ce que c’est une série? Un court? »… c’est idiot, mais je pense qu’à leurs yeux ça pourrait avoir moins de valeur qu’une oeuvre unique et totale qui n’existe que par elle-même.


L’idée de la série, proche du feuilleton est intéressante en animation. 
OC: Je ne vois pas pourquoi la série serait un « sous-format » par rapport aux courts ou aux longs métrages. C’est même plus ambitieux, il faut beaucoup déléguer les choses, travailler sur cinq épisodes en même temps, et tu dois rendre des comptes aux diffuseurs, ce qui est délicat. Car d’un autre côté, tu laisses les choses se délayer, dans le sens ou tu laisses ton univers étendre ses racines, se diluer un peu aussi. Cela demande notamment d’être vraiment bien entouré. 


Grigri - Benoît Audé & Osman Cerfon - © Miyu Productions
J’ai actuellement un projet de série avec Benoît Audé ("Grigri", produit par Miyu productions - ndlr), un autre auteur qui est sorti de la Poudrière il y a deux ou trois ans, et des fois je me dis que ça fait vraiment peur, on l’a commencée avant la production de « Comme des lapins », alors que c’est une véritable envie: faire quelque chose qui nous plaise dans ces contraintes là, s’accorder avec les diffuseurs, faire quelque chose qui puisse plaire aux enfants. Et puis il y a quelques temps, en allant au festival d’Hiroshima, en voyant mon premier court projeté, je me suis dit que c’étaient des choses très différentes, d’un côté, si on a la chance de pouvoir faire cette série ça serait idiot de la laisser passer, mais là on est embarqués pour quatre ans et je devrai mettre de côté l’urgence de faire des courts de façon immédiate.

Tout ça fait pas mal d’interrogations par rapport à l’avenir, ce qui peut être stressant dans les choix qu’il faut faire (même si c’est déjà bien de pouvoir faire des choix!). Du coup, si je ne suis pas tout à fait serein aujourd’hui, j’accepte le fait de ne pas savoir ce que je ferai dans quinze ans, voire que que je ne serai peut-être plus dans le domaine de l’animation. 

L’idée séduisante, dans la perspective éventuelle de réaliser d’autres volets des chroniques de la poisse, serait de parvenir à décliner les choses sur des tons sensiblement différents, de créer des variations. Dans l’idéal, il pourrait y avoir un volet dont l’humour serait tellement noir qu’on pourrait douter du fait que ça soit drôle. Je me demande aussi si le fait de réaliser ces volets aux tons différents ne ferait pas, par contraste, changer la perception des premiers épisodes. Toutes ces questions là m’intéressent.     


Quelles sont tes relations avec les autres réalisateurs? Y a-t-il une forme d’adversité? 
OC: À l’école, on ressentait un peu ça vis à vis des films des étudiants des Gobelins. Et c’était réciproque d’ailleurs. On entendait dire que les films de la Poudrière étaient pas mal, mais que c’était dommage qu’ils ne soient pas très bien animés. De notre coté, on admirait la qualité de leur animation, mais on se demandait à quoi pouvait servir un « retard cheveu » (effet de vitesse des cheveux des personnages, en retard par rapport aux mouvements de leurs propriétaires - ndlr) dans un film dont l’histoire aurait gagnée à être plus travaillée. On considérait ça comme de la démonstration technique. En revanche, pour revenir à l’école, il y avait un sentiment de fraternité, on est pas plus d’une dizaine par promotion, tu en viens vite à connaître la plupart de gens qui sont passés par cette école. Après, cette « rivalité » n’est pas non plus instituée, et dans le fond, t’es content quand tu découvres un film issu des Gobelins que tu aimes bien. D’autant que ces dernière années, j’ai vu des films de cette école qui prenaient une vraie part de risque dans la création par rapport à ce qui est attendu des étudiants.   


Comment perçois-tu l’environnement dans lequel les réalisateurs de films d’animation doivent évoluer aujourd’hui?  
OC: C’est un peu particulier. Mais pour ce qui me concerne, d’un côté, je parviens à réaliser mes films sans trop de difficultés, et d’un autre, c’est assez difficile d’être en accord avec le système, avec les points de vues des producteurs aussi. Il y a notamment un soucis avec le statut des courts-métrages. D’un côté, les producteurs en produisent, visiblement animés d’une conviction. Mais l’importance qu’ils ont aux yeux des réalisateurs est toujours plus grande, du coup on peut parfois se sentir frustrés… Bizarrement, c’est aussi pour cette raison qu’on fait souvent ce qu’on veut, qu’on a une grande liberté. Pourtant, les courts métrages donnent souvent bonne presse à une société, c’est une vitrine. Actuellement, je fais un pilote pour Disney, mais ce sont eux qui sont venus me trouver parce-qu’ils avaient vu « Chronique de la poisse » et qu’ils l’avaient aimé. Quand ils m’ont demandé où je voulais faire ce pilote, j’ai répondu chez « Je Suis Bien Content » qu’ils connaissaient aussi. C’est un exemple parlant où un court métrage entraîne un projet qui potentiellement, peut aboutir à une production, avec une vraie économie. 
L'autre facteur important pour moi dans l'environnement dont peut bénéficier mon travail, c’est le fait que la production confie mon film à Wasia, la structure de distribution de courts métrages d'animation en festivals créée par Mikhal Bak (http://www.studio-wasia.com/promofilms/). Du coup, il est vite devenu l’un des courts métrages les mieux distribués. Et quand on sait que la circulation en festivals est cruciale pour la vie et la visibilité des courts métrages, on comprend l’importance que ça a pu avoir. Mikhal est très efficace, je m’en rends compte quand je croise d’autres réalisateurs dans les festivals qui s’occupent eux-mêmes de l’envoi de leurs films, et qu’on échange nos expériences. Si j’avais dû faire ce travail moi-même, j’aurais certainement participé à sept festivals par an tout au plus. Du coup, le film a été largement envoyé, il a pu être souvent sélectionné… Après, peut-être que c’était une année avec moins de bons films aussi?…


Des films comme les tiens trouvent-ils un public plus large grâce à internet?  
OC: En un sens oui. Mais c’est à relativiser. Surtout, il semblerait que les films qui marchent sur internet, qui génèrent beaucoup de vues, ne sont pas toujours les mêmes que ceux qui circulent en festivals. Après, personnellement, j’ai beaucoup de mal avec l’auto-promotion, ce qui ne m’aide pas beaucoup dans ce domaine. Du coup, un film comme le mien peut faire 10 000 vues alors que d’autres qui ne sont pas aussi produits ou aboutis peuvent atteindre des millions de vues. On peut penser qu’entre le réseau dans lequel on évolue et celui qui fait fonctionner le web, ce ne sont pas les mêmes personnes qui sont touchées, on a l’impression que ce sont deux mondes qui se côtoient sans se toucher. Bien sûr, les réalisateurs de films ont un compte Vimeo, ou Facebook et communiquent sur internet, ce qui génère des vues de leur travail, mais ça ne touche pas vraiment le grand public… Quand je vois des gens comme Jérémy Perrin, qui travaille chez Je Suis Bien Content où il réalise des clips, qui peut faire des millions de vues avec un film comme « Fantasy » (clip pour le groupe DyE, produit par Première Heure: https://vimeo.com/64244463), sans bénéficier d’aucune aide du CNC, je vois bien là encore qu’il semble y avoir deux mondes bien différents qui se côtoient. J’ai l’impression que sur cette lancée, il pourrait se retrouver à fonctionner comme ça, et générer des recettes via Youtube ou autres et faire fonctionner un système nouveau de production et de diffusion. Pour ma part, tout ça reste encore un peu mystérieux… Et puis l’écriture d’un film qui doit fonctionner sur internet, avec une accroche forte dès le début de l’histoire, n’est pas la même que celle d’un film qu’on destine à faire circuler dans les festivals, ça demande à être pensé au départ du coup.


Quel est ton parcours rêvé pour l’avenir?  
OC: Je suis allé récemment au festival de Stuttgart pour y présenter « Les Chroniques de la poisse », comme les gens ont noté que c’était un « second chapitre », la question venait naturellement « Alors, quand te lances-tu dans la réalisation d’un troisième épisode? ». Moi même je me suis posé cette question, mais après, je me suis aussi dit que si je me lançais là dedans, j’allais encore mettre trois ans à le faire, et que je devrai aussi aller le présenter dans les festivals, etc... Bon, mais moi j’ai aussi envie de montrer que je peux faire autre chose, et j’ai aussi d’autres envies. Alors finalement ce sont des questions complètement parasites, dans le fond, on ne doit pas se soucier à ce point des autres. Je ne dis pas qu’il ne faut pas se poser de questions concernant la compréhension du film, ou comment présenter le récit au public, je parle de la question des choix des films qu’on veut faire ou pas. On doit pouvoir faire des choix de sujets, de traitement sans se soucier de savoir si c’est préférable de faire des comédies pour satisfaire le public des festivals, ou si tel sujet sera plus facile à vendre aux chaines de télévision. Pour l’avenir, j’aimerais pouvoir trouver cet équilibre et faire mes choix le plus librement possible. 

Chroniques de la poisse © Je Suis Bien Content
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